Les émissions de radio: une expérience qui ouvrent les yeux des Nord-coréens

Lee Sang Yong  |  2015-09-21 11:46

Les fortes tensions survenues dans la péninsule, provoquées par lexplosion dune mine installée par la Corée du Nord, se sont atténuées après les discussions tenues en haut lieu sur la frontière par les deux pays. Lévénement a une fois de plus démontré à quel point les opérations de propagande menées par haut-parleurs depuis la frontière par la Corée du Sud constituent une menace pour Pyongyang. La Corée du Nord a initialement accru ses provocations afin de faire cesser lesdites opérations, mais a rapidement adopté une approche plus modérée après avoir reçu une réponse ferme de Séoul.



Obsédé par larrêt de ces haut-parleurs, le Nord a accepté un accord avec le Sud à lissue de longues négociations. Mais cet incident a également accru le nombre dappels demandant à Séoul damplifier les émissions à destination du Nord. Dans ce contexte, Daily NK et Unification Media Group examinent, dans une série de neuf articles, limpact de ces émissions de radio et la façon dont elles affectent le pouvoir nord-coréen.

Laccord exceptionnel conclu entre les officiels de haut rang sud- et nord-coréens le mois dernier et la déclaration commune en résultant confirment, selon certains, la puissance des émissions de radio diffusées vers la Corée du Nord, y compris celles émises depuis les haut-parleurs installés sur la frontière. Dans un geste sans précédent, Pyongyang a initié des pourparlers dans le but de faire cesser ces émissions perçues comme ayant la capacité denfoncer un pieu dans le cur du pouvoir de Kim Jong Un. In fine, la Corée du Nord a exprimé « ses regrets » pour lexplosion dune mine et a accepté six points dun accord inter-coréen.

Quels effets ces émissions de radio ont-elles ?

Les autorités nord-coréennes exigent que les postes de radio soit réglés sur la fréquence centrale de Pyongyang - un signe évident des efforts opérés par lÉtat de bloquer tout moyen de communication. Les media - dÉtat - ont pour unique mission le culte de la personnalité de la famille Kim, pas de fournir à la population des informations et un point de vue équilibré sur lactualité.

Les transfuges nord-coréens ayant eu accès aux messages diffusés par les haut-parleurs ou les émissions de radio racontent que la possibilité découter une voix provenant du monde extérieur - typiquement en versant un bakchich à quelqu'un qui sy connaît pour trafiquer les radios en provenance de Chine - plutôt que la propagande de Pyongyang, est une expérience révélatrice. Pour les Nord-coréens à la recherche de nouvelles du monde extérieur, ces émissions leur ouvrent les yeux sur les mensonges proférés par lÉtat et les fabrications opérées par la dictature.

Dans le cas des émissions diffusées par haut-parleurs, qui ont agité le Nord et fini par entraîner un tir dartillerie, elles ne peuvent être entendues que jusquà 25km au-delà de la zone démilitarisée. Mais dans le cas des émissions diffusées par la radio, nombreux sont les Nord-coréens qui peuvent y avoir accès, raison pour laquelle on pense quelles jouent un rôle bien plus important dans la guerre psychologique.

« Après avoir écouté la radio, je me suis mis à comparer les choses avec la réalité nord-coréenne », a expliqué mercredi à Daily NK Chae Ga Yeon (50 ans), une transfuge nord-coréenne qui se plaisait à écouter les émissions diffusées à la radio. « Jai compris que les choses ne sont pas comme nous le décrit la propagande dÉtat, et jai alors adopté une façon de penser plus critique à légard de l'État, et commencé à réaliser que Kim Il Sung et Kim Jong Il ne sont pas des dieux, comme le prétend lÉtat, mais des êtres humains comme nimporte quel autre. »

Chae a également expliqué que « les gens qui écoutent ces émissions ne gardent pas linformation pour eux: ils la partagent avec les autres. Ce qui fait que les autres en viennent à écouter eux aussi ces émissions, et deviennent plus critiques à légard de lÉtat, qui empêche la diffusion de linformation en provenance de lextérieur. »

Kim Seong Yeob (45 ans) est un autre transfuge qui écoutait aussi ces émissions de radio. « Les émissions nord-coréennes ne sont pas intéressantes, parce quelles ne sont quidolâtrie. Donc moi, jécoutais les émissions sud-coréennes, qui diffusent des nouvelles différentes et même des feuilletons. Et jai alors ouvert les yeux sur la propagande et développé ce désir den apprendre plus au sujet de la société nord-coréenne et de létudier. »

Certains affirment même que les officiels chargés de la sécurité écoutent les émissions sud-coréennes plus souvent encore que ne le font les simples citoyens.

« Les simples soldats effectuent leurs activités quotidiennes en groupe, donc il leur est difficile découter la radio, mais ceux dont le grade est supérieur à celui de chef de peloton peuvent le faire, souvent », a expliqué Kim Cheong Won (51 ans), un ancien cadre auparavant en fonction sur la frontière sino-coréenne. « Comme ils ont pour tâche de gérer les troupes, ils écoutent les nouvelles en provenance de létranger et parfois rédigent leurs cours de critique des forces extérieures. » 

Kim a également expliqué que la plupart des gradés écoutent ces émissions comme bon leur semble, car ils ne sont pas lobjet dune surveillance poussée. « Ces gradés en viennent ensuite à expliquer que le pays devrait suivre la voix chinoise. Ils expriment aussi des critiques à légard des politiques menées dans le pays, ainsi quun changement de point de vue au sujet du capitalisme. »

Quel rôle ces émissions devraient-elles avoir ?

Certains experts pensent que ces émissions peuvent accélérer les changement en terme de prise de conscience de la population nord-coréenne. Compte tenu du fait que la mainmise de lÉtat sur linformation constitue le mécanisme de contrôle de la population, ils pensent que linformation en provenance de lextérieur peut infliger un sérieux coup au système nord-coréen.

Certains estiment même quafin de réaliser la vision de la présidente de la République, Park Geun Hye, selon laquelle « la réunification est le gros lot », ces émissions devraient être une priorité. La croyance est que les différences entre les Nord- et Sud-coréens, qui pourraient constituer un obstacle à la réunification, peuvent être atténuées dans une large mesure par le prisme de linformation extérieure. En particulier, les valeurs démocratiques instillées dans la population du Nord à travers les messages diffusés par radio peuvent être un vecteur du changement.

Selon Shin In Kyoon, chef du Réseau de Défense coréen, « la confusion sinstallera si une information autre que la propagande dont est nourrie la population atteint les Nord-coréens, qui sont coupés de toute autre source dinformation. Mais avec le temps, quand cette population aura la capacité de déterminer quelle information est vraie, nous assisterons à lémergence dune méfiance croissante envers le système, à une chute du sentiment de loyauté, et à laccroissement du ressentiment à lencontre du pouvoir. »

Shin a ajouté que bien que lÉtat tente de conserver le contrôle, en labsence de rations et au contraire, avec lextension de léconomie de marché, il sera plus difficile de maintenir une emprise sur la population. « Dans des circonstances comme celles-là, un changement dopinion via les émissions de radio peut initier leffondrement du régime. »

Des incertitudes croissantes concernant la stabilité du régime pourraient également amorcer le changement. Pour le professeur Kim Myeong Jun, de luniversité Sogang, « actuellement, ce nest pas uniquement le Nord-coréen lambda mais aussi les membres de lélite qui sont peut-être en train de reconsidérer leur loyauté à légard de lÉtat, dans la mesure où nombre de questions émergent quant à lavenir. Si les émissions de radio couvrent tout, de la plus petite information jusquaux nouvelles relatives à la situation prévalant au Nord, cela fera bouger les curs. »

Cela sera encore plus le cas des Nord-coréens dans leur vingtaine ou trentaine. Kim Myeong Jun estime que cette catégorie de la population étant plus ouverte aux éléments de la culture extérieure et faisant preuve dune plus grande relâche en termes de croyances en lidéologie, la Corée du Sud devrait au moins continuer ses émissions de radio même si elle nest plus en mesure de le faire depuis les haut-parleurs installés à la frontière. « La route de la réunification peut privilégier plusieurs directions, comme la coopération économique, mais les émissions de radio auront un rôle très important à jouer en ce quelles constituent les yeux et les oreilles des Nord-coréens. Ces émissions sont une façon moins coûteuse de rallier leurs curs. »

*Traduit par Hugues M.

 
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